Bienvenue sur le blog de l'Association des Amis de la Chapelle Saint-Gonery à Plougrescant, village de bord de mer dans les Côtes d'Armor.

Au centre du bourg de Plougrescant, cette chapelle classée des XII et XVe siècles attire le regard par sa flèche penchée, son vaste enclos paroissial, sa chaire à prêcher et son if multicentenaire.

A l'intérieur, elle révèle ses richesses, entre autres, une Vierge à l'Enfant en albâtre et une crédence remarquablement sculptée, toutes deux du XVIe siècle, mais surtout des peintures naïves, fin du XVe siècle, représentant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, réalisées sur la voûte de la nef.

Vous pourrez déjà avoir une idée de ces richesses en allant dans la rubrique "Visite guidée de la chapelle" ci-dessous à droite.

Pour les horaires de visite, consultez la rubrique "Visite de la chapelle : renseignements, horaires", également ci-dessous à droite.

Pour sauvegarder et valoriser ce patrimoine unique, notre Association, en plein accord avec la commune de Plougrescant, propriétaire de la chapelle, s'est fixé pour tâches d'aider à trouver les fonds pour les travaux nécessaires à sa restauration et de faire partager au plus grand nombre ce joyau de notre patrimoine par des visites guidées, des brochures, des cartes postales, etc.

Ce blog est donc le support et le prolongement de ces actions tout en permettant un suivi de l'actualité entourant cette chapelle et les activités de notre Association.

Pour nous contacter écrivez-nous à l'adresse mail : lesamisdesaintgonery@gmail.com

lundi 6 janvier 2014

Restaurations des peintures de la voûte ou 400 ans d'une histoire mouvementée.

A travers l'analyse d'une savante étude effectuée en 2008, qu'il décrypte, Marc Ponsonnet nous livre un petit historique très instructif sur les avatars peu connus de la célèbre voûte peinte de notre chapelle ( pour agrandir les photos cliquer dessus) :

Rapport de l’étude de mai 2008


Introduction

À la demande des Monuments Historiques, l’Atelier Régional de Restauration a effectué une étude de la voûte lambrissée en mai 2008, elle a été complétée d’une analyse faite par le laboratoire CIRAM. L’examen visuel des peintures s’est parfois aidé de loupes mais aussi d’éclairage ultraviolet très efficace pour détecter les retouches effectuées lors de restaurations antérieures.
Le laboratoire a examiné des prélèvements avec des moyens sophistiqués : microscope électronique, microanalyse en dispersion d’énergie de rayons X, spectrométrie infrarouge… et en a décrit la nature des pigments, liants et charges utilisés avec un luxe de précisions techniques hors de portée du profane…
Au niveau du bois lui-même la présence d’une activité importante et très disséminée d’insectes xylophages a été observée, ainsi que des cassures (sur lambris et sur pannes), des fentes, des griffures, et de l’oxydation au niveau des clous (il y en a environ 5000 !) de fixation des lambris en châtaignier sur les poutres courbes.

La couche picturale originale

Le rapport de 80 pages date clairement de la fin du Moyen Âge la couche picturale originale, le bon repérage des retouches a permis de situer nettement les parties n’en ayant pas subi. Sur les parties retouchées, une étude stratigraphique de prélèvement effectué décrit les couches successives appliquées. Le rapport souligne la présence de nombreux soulèvements de la couche picturale, des altérations dues à l’humidité favorisant le développement fongique (champignons microscopiques).
La couche picturale originale est posée sur une préparation blanche à base de colle animale et carbonate de calcium (calcaire, craie, coquilles d’huitres). Les pigments (peu coûteux) sont principalement des oxydes de fer  sous forme d’argile ferrugineuse pour le rouge et le jaune. Le bleu est absent, les cieux étant gratifiés de gris. Le vert est un pigment de vert-de-gris, mélange utilisé à partir du XIIIe siècle et composé de minéraux à base de cuivre (brochantite et atacamite).
Une charge de gypse (poudre de plâtre) est adjointe à ce vert-de- gris et à du blanc de plomb (céruse) et le mélange est lié avec de l’huile. La photo 1 résume le résultat d’analyse au laboratoire des 4 prélèvements effectués.

Photo 1


La restauration de 1764


Photo 2

Sa datation est inscrite en évidence sur une des scènes, cette restauration se manifeste le plus visiblement au niveau des «repeints de pudeur » : les vêtements rajoutés sur les corps nus d’Adam et Ève. Un éclairage en surbrillance et lumière rasante permet de bien voir cette nudité sous les habits pour lesquels on a utilisé un pigment brun-noir détaillé sur la page 8 du rapport du CIRAM ; on a avec cette page (photo 2) un aperçu de la densité des données recueillies, en particulier en stratigraphie. On remarque la forte présence d’alun dans ce pigment « laqué » : elle explique l’effet de transparence très visible même sans éclairage spécial. On note aussi que la poitrine d’Ève allaitant Abel a fait également l’objet d’un repeint aux couleurs de son vêtement (photo 3)


Photo 3

La restauration de 1914

Les archives la mentionnent comme « badigeon intérieur enlevé (sur les murs de la chapelle), murs entièrement rejointoyés, peintures de la voûte rehaussées ». On distingue en effet, surtout sur les scènes du Nouveau Testament, la retouche des colorations de chair, une accentuation du tracé noir des contours et aussi la retouche du blanc des yeux. La datation en 1914 de ces retouches est confirmée par deux éléments : 1/ les pigments utilisés sont du blanc de plomb et surtout du sulfure de mercure, vermillon fin et homogène postérieur au XVIIIe siècle mais sa technique de fabrication le situe surtout au XXe siècle.
2/ Le liant est un polyacétate de vinyle d’utilisation postérieure au XIXe siècle.
D’autre part, tout le lambris de la 5ème travée Sud étant antérieurement tombé ou bien près de chuter, a été remplacé par un nouveau en résineux. Le rapport lui attribue un aspect crayonné, un rendu mat de couleurs délavées. Les scènes ne sont pas identifiables mais, pour une raison de chronologie des scènes au moins l’une de l’ancien lambris était assurément celle du péché originel. Ceci est corroboré par une planche récupérée de l’ancien lambris de 1914 et décorée de l’image du serpent tentateur (photo 4).

Photo 4


La restauration de 1977

Elle a consisté d’abord en un masticage des joints entre les lames de lambris et de tous les clous.

Une série de photos prises en 1949 fournit de précieuses informations faisant le lien entre la précédente restauration de 1914 et la suivante de 1977. Par rapport à ces photos de 1949, il a été fait en 1977 :
1/ remplacement de lames de lambris manquantes et reconstitution des décors correspondants.
2/ masticages de fentes
3/ retouches diverses
4/ les tirants métalliques, visibles semble t-il sur une photo de 1949, sont maintenus en place en renfort de panne sur la 4ème travée Sud.
On voit aussi ces tirants sur 2 cartes postales anciennes (photos 5 et 6), la seconde éditée sans doute au moment de cette restauration de 1977. La restauration actuelle les a supprimés du fait de la mise en place d’une panne neuve.
Photo 5

Photo 6

Sur 2 des photos de 1949, il apparaît des planches décorées clouées (en 1914 ?) sur le décor original et masquant ce dernier. La restauration de 1977 les a supprimées d’où restitution du décor d’origine suivie bien sûr de retouches :



















Le serpent
Comme le montre une photo de la 5ème travée Nord prise en 1949, on a voulu réutiliser la planche du serpent récupérée en 1914 et elle apparait clouée aux pieds d’Ève. La restauration de 1977 a décloué cette planche et le décor d’origine est donc réapparu après une présence donc certaine du serpent entre 1949 et 1977. Bien que la photo de 1949 soit bien trouble, on y voit bien la planche clouée juste au dessus de la frise. Sur cette planche le serpent apparait au sol, le corps enroulé autour de ce qui devait être le pied de l’Arbre de la Connaissance. Un montage photo (photo 7 à droite), reconstituant l’état de 1949, montre que la planche clouée donnait l’illusion que le corps du serpent s’enroulait autour des chevilles d’Ève.

Photo 7



La tête d’Hérode


Photo 8


En 1949, une photo de la scène de l’arrivée des rois mages chez Hérode montre l’existence d’une plaque de bois décorée, de forme carrée et clouée en surépaisseur sur le lambris, elle recouvre le buste du personnage jusqu’à la moitié de la frise. Cette opération daterait de la restauration de 1914, sans doute pour masquer une grave détérioration. La présence de la couronne indique que l’on a voulu donner à ce personnage, peint de face, l’identité du roi Hérode. Or, à la restauration de 1977, cette plaque a été déclouée et le personnage original retrouvé : visible cette fois de profil et sans couronne (photo 8). Ceci nous conforte dans notre hypothèse de l’accueil des mages par un serviteur, et non par Hérode lui-même que les artistes d’origine ont bien représenté couronné dans la scène suivante. Le décor retrouvé a bien sûr subi des retouches. La photo 9 prise en 2008 de la tête du serviteur fournit un exemple de l’utilisation de l’éclairage ultraviolet pour les repérer : seuls l’œil et une partie de la bouche, apparaissant en blanc, n’ont pas été repeints en 1977.

Photo 9


Préconisations de l’étude en vue d'une prochaine restauration

Les principaux points conseillés en conclusion de cette étude sont en réalité la liste des différentes tâches qu'ont menées à bien en 2013 les restaurateurs des peintures de la voûte et  nous vous les présentons dans l'article qui suit : Point d'orgue de la première tranche de travaux, la restauration 2013 des peintures de la voûte.