Bienvenue sur le blog de l'Association des Amis de la Chapelle Saint-Gonery à Plougrescant, village de bord de mer dans les Côtes d'Armor.

Au centre du bourg de Plougrescant, cette chapelle classée des XII et XVe siècles attire le regard par sa flèche penchée, son vaste enclos paroissial, sa chaire à prêcher et son if multicentenaire.

A l'intérieur, elle révèle ses richesses, entre autres, une Vierge à l'Enfant en albâtre et une crédence remarquablement sculptée, toutes deux du XVIe siècle, mais surtout des peintures naïves, fin du XVe siècle, représentant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, réalisées sur la voûte de la nef.

Vous pourrez déjà avoir une idée de ces richesses en allant dans la rubrique "Visite guidée de la chapelle" ci-dessous à droite.

Pour les horaires de visite, consultez la rubrique "Visite de la chapelle : renseignements, horaires", également ci-dessous à droite.

Pour sauvegarder et valoriser ce patrimoine unique, notre Association, en plein accord avec la commune de Plougrescant, propriétaire de la chapelle, s'est fixé pour tâches d'aider à trouver les fonds pour les travaux nécessaires à sa restauration et de faire partager au plus grand nombre ce joyau de notre patrimoine par des visites guidées, des brochures, des cartes postales, etc.

Ce blog est donc le support et le prolongement de ces actions tout en permettant un suivi de l'actualité entourant cette chapelle et les activités de notre Association.

Pour nous contacter écrivez-nous à l'adresse mail : lesamisdesaintgonery@gmail.com

Visite guidée de la chapelle Saint Gonéry





Située au centre du bourg de Plougrescant, la chapelle Saint-Gonéry est constituée de deux parties très distinctes.
La première partie, du XIIe siècle, de style roman assez rustique, servit d'oratoire pour honorer Gonéry, saint patron de cette paroisse. Ce dernier, ermite venu d'Outre-Manche, faisait partie d'un flot d'immigration «bretonne», issu de Cornouailles et du Pays de Galles, rejoignant dès le Ve siècle notre péninsule «armoricaine» sous la pression des invasions subies par les Îles Britanniques.
Gonéry était accompagné de sa famille et de disciples dont certains devinrent saints par la ferveur populaire, ils contribuèrent à évangéliser l’Armorique. Gonéry vécut d'abord solitaire, dans une forêt proche de Rohan où ses vertus et ses dons de guérisseur attirèrent bientôt beaucoup de fidèles qui formèrent un «plou» (paroisse).
Il préféra alors venir à Plougrescant où il retrouva sa mère Éliboubane retirée à Loaven, petite île à l'embouchure de la rivière de Tréguier, et Tugdual premier évêque de Tréguier.
La deuxième partie fut construite à la fin du XVe siècle dans le prolongement de l'oratoire, pour constituer une église de style gothique flamboyant, avec chevet plat et plafond en berceau renversé garni de lambris peints. De cette époque datent la tour semi-encastrée (qui contient un escalier à vis) et une fenêtre avec accolade, visibles de l’extérieur de l'oratoire. À l’intérieur le mur est de l'oratoire est ouvert et équipé d'un arc brisé. Ce n'est que cent ans plus tard (en 1612) que fut édifiée sur l’oratoire la remarquable flèche, très lourde (couverte de plaques de plomb) sur une charpente mal adaptée et vieille de cinq siècles.
Cette flèche s'inclina rapidement sous l'effet des intempéries, il fut décidé de renforcer la charpente mais de maintenir l'inclinaison. Au fil des siècles la forme penchée a été conservée mais dotée d’une double inclinaison afin de maintenir le centre de gravité de la flèche dans l'axe de la surface de pose.

                 L'EXTERIEUR DE LA CHAPELLE

La chapelle étant construite, le cimetière fut édifié dans l'enclos qui l'entoure.
Un vieil if, âgé d'au moins 350 ans, subsiste : arbre de cimetière, toujours vert, il est un symbole de l’éternité.



À côté, une chaire à prêcher à base octogonale avec un petit escalier à huit marches. Elle était destinée aux prêtres pour les grandes fêtes, ou aux missionnaires qui prêchaient pour des foules nombreuses. En haut, côté sud, le Christ crucifié est entouré de la Vierge Marie et Marie-Madeleine. De l'autre côté, une Pietà, la Vierge tient son fils mort sur ses genoux, entourée de saint Gonéry et de saint Yves. Le fût support rappelle l'arbre de vie aux branches coupées, mais les petites saillies font aussi penser aux bubons de la peste, fléau redouté contre lequel nos ancêtres priaient beaucoup pour en être préservés.




Tout au sud de l'enclos, un calvaire de 1595, avec ses 3 croix (celle du Christ au milieu et celles des 2 larrons). Les pierres horizontales (échaliers) étaient destinées à empêcher les animaux des fermes (porcs, vaches...) de dévaster le cimetière.





                     L’INTÉRIEUR DE LA CHAPELLE



Dans la partie ancienne de la chapelle, nous voyons le sarcophage de granit dans lequel reposa la dépouille de saint Gonéry. La légende veut que cette auge lui ait servi à traverser la Manche, à l’instar d'autres saints bretons ; l’origine de cette légende prend sa source dans un fait historique : au VIe siècle les navires très légers avaient besoin d'un lest et d'un endroit pour faire du feu.
Dix siècles plus tard (en1614), un tombeau lui fut dédié. Il compensait le luxueux tombeau de Monseigneur du Halgouët. Bien que le tombeau fût vide, les fidèles passaient entre les derniers balustres pour mieux bénéficier des grâces du saint. Avant leur départ, les marins et soldats y recueillaient une poignée de terre, qu'ils remettaient en place à leur retour.


Le Chef de Saint Gonéry
                                    
                            

Le crâne de saint Gonéry est posé sur un plateau et couvert d'une couronne. Le tout est enfermé dans une lourde châsse. Lors des deux pardons de Saint-Gonéry, Lundi de Pâques et dernier dimanche de juillet, à la fin de la messe, quatre hommes transportent la châsse autour de l'enclos extérieur, suivis par les fidèles qui chantent en breton les cantiques à son intention. A l'issue de cette procession les porteurs s’arrêtent devant la porte de la chapelle et chacun passe sous la châsse pour bénéficier des dons de guérisseur de saint Gonéry.




 Le tombeau de Monseigneur du Halgouët


Guillaume du Halgouët, issu d'une noble famille de Plougrescant, fut évêque de Tréguier de 1587 à 1602 (arrivée d'Henri IV au trône de France). Il eut à subir la Guerre de la Ligue et fut contraint de s’exiler en 1589. Les Ligueurs, n'acceptant pas ce roi issu des protestants, pillèrent et ravagèrent plusieurs fois Tréguier (qui, comme l’évêque, n'avait pas pris parti contre le roi). En 1592, une armée espagnole qui leur était alliée incendia une grande partie de la ville. Lorsque l’évêque revint en 1598, il fit construire son tombeau et mourut en 1602.
La partie supérieure du tombeau comporte le gisant dont la tête est soutenue par deux anges, cette partie est supportée par des balustres et quatre lions rappelant les armoiries de la famille du Halgouët. Une inscription rappelle la demande faite par l'évêque, de messes, vêpres et prières à perpétuité, contre un don de mille écus.

 La Vierge à l'Enfant


Il s'agit d'une statue en albâtre, réalisée à Nottingham (GB) au XVIe siècle.
La Vierge est représentée en majesté (telle une reine). Elle est assise sur une cathèdre, coiffée d'une couronne, surmontée d'un dais et tenant un sceptre (brisé). Elle était polychrome et l'on voit encore les ourlets dorés de ses vêtements. L'enfant Jésus est assis sur son genou droit, il tient une colombe dans une main et pose l'autre main sur le sein de sa mère.
Malgré l'attitude royale de la Vierge nous percevons beaucoup de tendresse.


Crédence du XVIe siècle


Ce beau meuble en chêne et châtaignier était destiné à conserver les reliques de saint Gonéry, les vêtements sacerdotaux et les registres paroissiaux.

On peut en admirer les ferrures et les sculptures sur bois: 
   - En partie inférieure, des algues. 
   - Au milieu, des saints facilement reconnaissables (endommagés à la Révolution Française) : Marie-Madeleine, saint Jean l'Apôtre, un moine non identifié, saint Gonéry et sainte Barbe.
   - En partie haute, trois visages, probablement des prophètes ou des notables.
   - Sur le côté : une Annonciation.


 Les poutres sablières


On retrouve sur les poutres sablières des transepts nord et sud les motifs classiques de l’époque gothique: feuillages, algues, dragons, raisins, fous, monstres grimaçants. Dans le transept sud (au-dessus de la crédence), on peut voir deux péchés capitaux : la paresse et la luxure (deux personnages tête-bêche dont l'un a un corps de serpent). Dans le transept nord, des blochets aux quatre coins représentent un animal imaginaire, un ange tenant les armoiries du seigneur, un autre ange présentant un phylactère, un homme lourdement chargé. Ces poutres étaient initialement polychromes.


                          LES PEINTURES DE LA NEF


Ces peintures naïves, sont exécutées sur des lambris fixés à une charpente secondaire. Malgré les siècles passés, elles conservent un rare bon état. Elles ont été réalisées à la fin du XVe siècle après les croisades et les grands voyages, par une petite bande d’artistes restés anonymes. Depuis, 3 restaurations identifiées ont plus ou moins bien respecté l'état initial, une quatrième a eu lieu en 2013 dans le respect des règles en usage. Le but de ces peintures n'était pas seulement de décorer, mais aussi d'enseigner l'Histoire Sainte à des populations ne sachant pas lire. Elles représentent en 20 tableaux, l'Ancien et le Nouveau Testament, avec une centaine de personnages habillés de vêtements très divers, souvent anachroniques.

                           L'ANCIEN TESTAMENT

La création des astres


Dieu tient la Lune et le Soleil. Entouré du firmament et d’une mandorle (symbole de l’énergie créatrice), il vient de créer le jour et la nuit. De part et d'autre : deux séraphins, anges de catégorie supérieure, couverts de plumes rappelant leur localisation céleste.

 La création des animaux


Dieu crée les animaux de l'eau, de l'air et de la terre. Parmi ces derniers nous pouvons remarquer des animaux domestiques (un chien, une chèvre) et d’autres plus féroces (lions, loups) vivant dans une heureuse cohabitation. Les deux lions ont un visage humain, probablement demandé par un mécène.

 La création d'Adam


Dieu entouré d'anges, vient de créer Adam. Le nom de ce dernier a été ajouté au dessus de sa tête.


 La création d’Ève




Dieu a endormi Adam afin de lui épargner les souffrances quand une côte lui est retirée pour façonner Ève. On voit cette dernière sortant du flanc d'Adam, petite mais déjà habillée et en prières. À côté, Dieu en tunique blanche, donne à Adam et Ève ses recommandations concernant l'arbre de la connaissance. Nous notons qu'ils sont porteurs d’un vêtement. Au sol, de petites fleurs suggèrent le jardin d’Éden.




 Adam et Ève chassés du jardin d’Éden


Un chérubin, porteur de l’épée à lame flamboyante et gardien du jardin d’Éden, annonce à Adam et Ève qu'ils en sont chassés, nos deux "ancêtres" font triste figure. Ils sont habillés (le vêtement d’Ève est un peu transparent) contrairement aux écrits de la Bible qui les voit alors en pagne de feuilles de figuier, puis vêtus de peaux de bêtes. L'arbre n'a plus de fruits.


 Adam et Ève condamnés à travailler


L'ange leur indique qu'ils auront à travailler et qu’Ève aura à subir les douleurs de l'enfantement. Les outils sont déjà là : une quenouille pour Ève, une pelle et une houe pour Adam. Leur corps est entièrement couvert de feuilles de figuier, le pagne, premier vêtement (suivant la Bible), a dû être considéré comme trop osé.

 Adam et Ève au travail


Ève file la laine avec sa quenouille, tandis qu'Adam construit leur maison.
On remarque le défaut dans le dessin des pieds d’Ève, tous deux sont du même côté.


 Naissance de Caïn


On peut le voir sur les genoux de sa mère. Le siège de cette dernière est posé sur un carrelage qui présente des lignes de fuite, premier pas vers un dessin en perspective. Adam cultive le jardin, déjà garni de fleurs.

 Naissance d'Abel


Il est assis sur les genoux de sa mère. La maison est décorée de rideaux, Ève porte une coiffe de religieuse du XVIe siècle. Entre deux arbres nous pouvons apercevoir Caïn qui a grandi et n'a pas l'air satisfait d'avoir un petit frère ; mauvais présage pour l'avenir !

                         LE NOUVEAU TESTAMENT

Les Rois mages et le Roi Hérode


Les Rois mages, couronnés comme le Roi de France, arrivent à Jérusalem et demandent où est le grand roi dont un astre dans le ciel annonce la naissance. Ils sont accueillis par un serviteur chez Hérode le Grand, Roi des Juifs. Hérode, pris d'inquiétude au récit de l’annonce, leur dit d'aller adorer ce nouveau roi et de revenir lui indiquer à quel endroit il est né.


 Hérode en colère



Les Rois mages flairant le piège ne sont pas revenus et Hérode est très en colère. Il a coiffé sa couronne et tient son sceptre (orné d'une fleur de lys).
Entouré de ses conseillers, de son armiger (écuyer porteur de l’arme royale) et de ses soldats, il ordonne à ces derniers d’aller exterminer tous les petits garçons de moins de deux ans, dans la région de Bethléem.


 Le massacre des innocents



Comme demandé par Hérode, les petits garçons sont exterminés sous les yeux de leur mère.

 La fuite en Égypte



Marie de Nazareth (représentée ici sans auréole) et Joseph ont été prévenus en songe que leur vie était menacée et qu'ils devaient fuir en Égypte. Nous pouvons voir Marie et l'enfant Jésus montés sur un âne conduit par Joseph, les personnages ne sont plus auréolés afin de voyager sans être reconnus.

Jésus reçoit les premiers enseignements


Suivant la loi de Moïse, Jésus fut présenté au temple quarante jours après sa naissance (Chandeleur : 2 Février). Mais il ne faut pas voir ici la représentation de cette scène car Jésus y paraît bien âgé. Il est avec Marie, en face d’un personnage tenant un livre. Celui-ci pourrait être soit un enseignant, soit Joseph car donner les premiers Enseignements était en effet une prérogative du chef de famille. Le personnage situé sur la droite est peut-être Jacques cité souvent comme frère de Jésus, ou bien saint Jean (le seul représenté souvent imberbe parmi les Apôtres) placé ici en compensation du fait qu’il ne figure pas dans la représentation suivante de la Cène.

 La Cène





C'est le dernier repas du Christ avant sa mort, il figure l'Eucharistie. Jésus est entouré de ses Apôtres (il en manque un : saint Jean). A l'extrémité de la table nous voyons Judas habillé de jaune, couleur de la trahison et du mensonge, il est tenu par un animal diabolique, au corps de tigre, avec des cornes, des pattes griffues devant et des pattes palmées derrière.










 La résurrection de Lazare



À terre, Lazare, ressuscité, vient de sortir du tombeau en face de Jésus, Marthe et Marie sœurs de Lazare. À côté, une foule est étonnée par ce miracle. Une personne se bouche le nez : Jésus était arrivé au tombeau quatre jours après la mort de Lazare, et Marthe avait dit :
«Seigneur, il sent déjà».

La femme adultère



Nous voyons une femme, les mains liées, entre les notables de Jérusalem. Elle paraît inquiète puisqu’à cette époque et dans ce pays la lapidation était la juste punition. Les notables voudront tester Jésus sur sa façon d'appliquer la loi. Il dira : « Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre ». Confus, Ils s'en allèrent tous, les plus anciens partirent les premiers. Jésus resté seul avec la femme lui dit : « Je te pardonne, mais ne pèche plus ».


 La négociation de Judas


Judas, tête nue et habillé de jaune, négocie avec les grands prêtres de Jérusalem le prix de sa trahison : une bourse de trente deniers pour désigner Jésus par un baiser. Il ira se pendre quand il verra le résultat de son action.